
L’ancienne coopérative viticole de Montolieu, un lieu chargé d’histoire
Tranchant avec l’exubérance de la collection qui l’abrite, l’architecture du bâtiment de la Coopérative-Musée Cérès Franco est un exemple déjà répertorié de patrimoine industriel de la seconde moitié du XXe siècle, alliant élégance épurée et fonctionnalisme.
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Un haut lieu du patrimoine industriel de la Montagne Noire

Fondée en 1939, la cave coopérative de Montolieu, baptisée « Les Coteaux Montolivains », est née de l’union de soixante-dix viticulteurs. La construction de la cave était une nécessité pour les viticulteurs, la mutualisation de moyens de production modernes permettant d’obtenir un produit de meilleure qualité.
Sa création s’inscrit dans le phénomène plus large de développement et d’industrialisation du marché viticole dans le Languedoc et dans la politique de la République productiviste, faisant suite à la révolte des vignerons de 1907.
Marcel Hérans, architecte à Narbonne est désigné pour dresser les plans et devis de la construction. L’architecte a réalisé cinq coopératives viticoles dans l’Aude : les caves de Moussan, Coursan, Fleury d’Aude, Armissan et Montolieu. Le style Art Déco propre à l’architecte s’exprime au niveau des façades, caractérisée par la sobriété, les formes simples et épurées, surmontées par un fronton à redents. Le reste du bâtiment est essentiellement pensé pour être fonctionnel.
Les matériaux utilisés pour la construction étaient de premier choix. En effet, il était demandé qu’ils soient choisis dans les usines proches. Les galets de rivière et le sable provenait de rivière des environs, le bois de la charpente devait être issu des forêts de l’Aude et de l’Ariège.
La structure de l’édifice est en béton armé, la charpente en fer, les fondations et le dallage de la cave, en béton. L’extérieur du bâtiment est couvert d’enduit à la chaux et au sable de rivière. L’intérieur, qui portait le même revêtement, a depuis fait l’objet de rénovations.
En 1961, le bâtiment est agrandi et modernisé du fait de l’augmentation des récoltes. L’architecte François Bouteillé assure le suivi des projets qui se sont succédé. Le 1er agrandissement a lieu en 1961, suivi ensuite de nouveaux changements en 1966 et 1973. Six nouvelles cuves sont successivement construites dans le prolongement de la structure d’origine, sur le même plan cylindrique, surmontées d’un toit terrasse. Séparées par des zones de circulation, elles étaient reliées par des passerelles et des escaliers.
Dans les années 1990, plusieurs facteurs expliquent la fermeture de la coopérative viticole de Montolieu : une restructuration des coopératives de l’Ouest Carcassonnais, autour de la coopérative d’Arzens, des mesures gouvernementales limitant la production de masse au profit d’une production plus qualitative, l’expansion du marché international, avec une concurrence accrue de l’Australie et des États-Unis.

Une Coopérative culturelle :
Mise en vente une première fois, la cave devient une Cave des Antiquaires, galerie d’antiquaires et brocanteurs : l’ensemble des cuves situées dans la grande halle sont démontées et les cuves situées sur le flanc nord-est du bâtiment sont partiellement ouvertes. Revendue en 2007, la cave devient un Centre d’art et de littérature, dédié à la création contemporaine : sous l’égide de Philippe et Bernadette Coquelet, présidents de l’Association Rencontres et Créations contemporaines, de nouveaux travaux seront menés, qui conduiront à la création d’une coursive autour de la grande halle.
Le bâtiment sera à nouveau mis en vente, la cave est rachetée par Henri Foch et devient en 2015 l’espace dédié à la Collection Cérès Franco. La première exposition En Grand Format s’est déroulée du 2 juillet au 31 octobre 2015, suivi de six autres jusqu’en 2022.
Un chantier de rénovation hors-normes
Après vingt années de restaurations, la Coopérative gardait tout le charme d’une cathédrale dans laquelle se déployait des expositions dans un espace aéré. Mais le bâtiment présentait certaines limites significatives pour la présentation et la gestion d’œuvres d’art.
L’importante hauteur sous plafond et le manque d’isolation extérieure ne permettaient pas d’assurer une stabilité de la température et des conditions d’hygrométrie.
Les écarts pouvaient être importants, et n’assuraient pas le respect des normes de conservation préventive ; en outre, les espaces non chauffés ne permettaient pas une ouverture pendant la saison hivernale. La mezzanine n’était pas équipée d'ascenseurs, et n’était donc pas accessible aux personnes à mobilité réduite ou aux poussettes.
Concernant le fonctionnement du musée, aucun espace n’était dédié aux réserves, aux ateliers pédagogiques ou à la consultation de documents.
Les travaux de rénovation et d’agrandissement ont débuté en 2024. Le projet a été confié au cabinet Passelac & Roques, qui a dessiné le nouveau musée.
Le projet s'attache à dégager, révéler et mettre en valeur les qualités existantes de l'ancienne cave coopérative, en proposant une intervention sobre et contemporaine, respectueuse de l'existant.
François Roques, Architectes
Le projet architectural a répondu à deux enjeux prioritaires : la mise en accessibilité complète du bâtiment pour les personnes à mobilité réduite (PMR) et la régulation climatique nécessaire à la conservation des œuvres. Au-delà de ces mises aux normes, l’intervention a permis d’accroître les surfaces d’exposition et de créer de nouveaux espaces fonctionnels : une zone dédiée à la médiation, un centre de documentation et d'archives, ainsi que des bureaux pour les équipes.

Le projet conserve la volumétrie de la cave et s’appuie sur le grand volume intérieur, dont la charpente métallique et les ouvertures zénithales sont préservées. À l’intérieur, des volumes blancs organisent le parcours d’exposition dans ce vaste espace, tandis que les anciens silos en béton brut sont conservés et réinvestis dans l’espace muséal.