
CERES FRANCO (1926-2021)
Critique d’art, commissaire d’exposition indépendante, et galeriste née à Bagé au Brésil le 17 mai 1926 et installée à Paris depuis le début des années 1950, Cérès Franco a défendu tout au long de sa vie un art à la marge des grands courants artistiques et donc un art profondément original par rapport aux collections équivalentes des musées français.
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Biographie
- 1926 : Cérès Borba Farinha (elle utilise le nom de famille de son premier mari, « Franco », dans le cadre de ses activités artistiques) naît le 17 mai dans la petite ville de Bagé, proche de l’Uruguay. Adolescente, elle découvre des reproductions de tableaux de Van Gogh, moment qu’elle décrit comme une révélation.
- 1948 : Cérès Franco quitte son Brésil natal à l’âge de 22 ans pour étudier l’histoire de l’art à New York. Elle obtient une bourse de la Fondation Rockefeller, qui lui permet d’étudier l’anglais à Washington, puis de suivre des cours en auditrice libre à l’université de Columbia et à la New School de New-York. Dès cette année, elle publie régulièrement des tribunes et des chroniques dans les grands journaux brésiliens (dont O Jornal, O Cruzeiro, ou encore le Correo da Maña)
- 1950 : Cérès visite les grands musées et galeries d’Europe et parfait son éducation artistique. Après avoir suivi le cours de langue et civilisation française de la Sorbonne (1950), elle s’installe définitivement à Paris en 1952.
- 1962 : Cérès organise sa première exposition de peinture à Paris où elle demande aux artistes de travailler sur un format ovale ou rond. Cette exposition s’intitule L’Œil de Bœuf. Ce nom reste attaché à diverses manifestations qu’elle organise par la suite ; elle le reprend dix ans plus tard (1972) pour en faire le nom de sa galerie.
- 1963 : Cérès Franco organise deux expositions de plus grande ampleur : « Formes et magie », sous le patronage de Jean Cocteau, exposition internationale de sculpture moderne (incluant des œuvres de Picasso, Ernst, Takis, César, Arp) au Bowling du Bois de Boulogne.
- 1964 : Cérès Franco devient membre de l’Association internationale des critiques d’art (AICA).
- 1965 et 1966 : elle organise les expositions Opinião 65 (1965) puis Opinião 66 (1965) au Musée d’Art Moderne de Rio ; celles-ci marquent un tournant majeur dans l’histoire de l’art moderne au Brésil en marquant l’avènement d’une nouvelle génération d’artistes engagés figuratifs ou « pop » en rupture avec l’abstraction lyrique, dont Hélio Oiticica, Rubens Gerchman, et Antonio Dias.
- 1970 -1972 : Cérès Franco participe à la Triennale d’art naïf de Bratislava, où la section brésilienne dont elle a la charge reçoit le prix ex-aequo de la meilleure sélection nationale.
- 1972 : elle ouvre sa propre galerie qu’elle nomme tout naturellement L’Œil de Bœuf. C’est donc depuis la rue Quincampoix à Paris, pendant vingt-cinq ans, à travers de très nombreuses expositions et ses participations à des foires internationales, qu’elle soutient des artistes anticonformistes comme Marcel Pouget, Jean Rustin, Michel Macréau, Jacques Grinberg. Elle va à la rencontre des peintres issus de la Nouvelle Figuration mais aussi vers des autodidactes et des naïfs. Tout en continuant d’encourager l’émergence d’artistes d’art naïf, elle expose plusieurs peintres outsider comme Stani Nitkowski, Jaber, Chaïbia. Elle soutient les opposants à la dictature militaire leur proposant souvent leurs premières expositions à Paris. Elle invite à une réflexion générale sur l’art et ses les contours en engageant des dialogues picturaux autour de fresques classiques comme, Suzanne au bain. Elle y organise entre 1972 et la fermeture de sa galerie en 1994 près de deux cents expositions, événements, lectures ou rencontres.
- 1975 : elle est nommée Chevalier des Arts et des Lettres par Michel Guy, alors secrétaire d’État à la Culture.
- Années 1980 : certaines des oeuvres de la collection sont également acquises par le Fonds national d’art contemporain, grâce à l’enthousiasme de hauts fonctionnaires du ministère de la Culture comme Michel Troche ou Bernard Antonioz.
- 1994 : Cérès Franco acquiert deux maisons à Lagrasse dans les Corbières et y installe sa collection, qu’elle ouvre au public.
- 1996 : L’Œil de Bœuf ferme ses portes définitivement. Au total, Cérès aura organisé près de 200 expositions dans sa galerie.
- 2015 : après une tentative infructueuse de don à la mairie de Carcassonne, la collection de Cérès Franco rejoint la Coopérative de Montolieu. Une aventure portée par l’énergie débordante de sa fille Dominique Polad-Hardouin, de son époux Philippe Hardouin, d’Henri Foch, mécène qui donnera le bâtiment. Des élus, dont Carole Delga, présidente de la Région d’Occitanie et Régis Banquet, président de Carcassonne Agglo, soutiennent le projet pour en faire un pilier de leur politique culturelle dans l’Aude.
- 2021 : décès de Cérès Franco